
Rendre hommage aux femmes dans le domaine de la navigation des nouveaux arrivants
Shler Ali travaille dans le domaine de l’établissement à MOSAIC, le Réseau de ressources pour les familles de nouveaux arrivants à Winnipeg, au Manitoba.
Lorraine Thomas est spécialiste du soutien aux familles et responsable de l’éducation sanitaire à l’hôpital de réadaptation pour enfants Holland Bloorview à Toronto.
J’ai été moi-même réfugiée et je comprends la peur, le traumatisme et les défis des réfugiés ayant vécu cette expérience. À cause de la guerre civile en cours, de la persécution de mon propre peuple kurde et de la destruction de ma maison, en 2012, j’ai été forcée de fuir ma terre natale, la Syrie, et de chercher refuge au Kurdistan, en Irak, où j’ai connu beaucoup de difficultés pendant quatre ans avant de finalement arriver au Canada en 2016.
J’ai fait face à de nombreux nouveaux défis en essayant de m’installer dans mon nouveau pays, le Canada. L’un d’entre eux était le fait que mon diplôme d’ingénieure en électricité et en télécommunications n’était pas reconnu ici et que je ne pouvais donc pas obtenir de travail dans le domaine pour lequel j’avais été formée. C’était un défi pour moi de m’installer dans mon nouveau pays, mais après plusieurs mois, j’ai commencé à travailler dans le domaine de l’établissement avec MOSAIC le Réseau de ressources pour les familles de nouveaux arrivants à Winnipeg, car j’avais la passion et la compréhension nécessaires pour aider d’autres nouveaux arrivants. Je travaille ici, à MOSAIC, depuis quatre ans et demi maintenant.
En 2014, il a été signalé que DAECH avait attaqué de nombreux yézidis et certains villages chrétiens dans la région montagneuse de l’Irak. Le peuple yézidi a été historiquement victime d’agressions de la part de divers groupes. Les villages yézidis, situés dans les montagnes, ont rendu difficile la fuite de leur peuple. Nombreux sont ceux qui ont tenté de fuir à travers ces montagnes, mais n’ont pas pu le faire, et certains sont tombés, d’autres sont morts de faim, d’autres encore sont morts à cause de la dureté de l’environnement.
Parmi les yézidis qui ont été capturés par DAECH, la plupart des hommes ont été exécutés ou emprisonnés. Les hommes plus jeunes ont été enrôlés de force par DAECH, sous peine de mort ou d’emprisonnement. Les femmes yézidis ont été vendues comme esclaves sexuelles ou servantes. Certaines de ces femmes sont toujours portées disparues, censées être en captivité.
Les familles yézidis ont été déchirées et détruites par les actes atroces de DAECH. Cette nouvelle s’est répandue dans tout l’Irak. Comme beaucoup d’autres réfugiés dans le pays à l’époque, j’étais pleine d’incertitude et d’inquiétude pour ma sécurité.
En 2017, le premier groupe de réfugiés yézidis est arrivé à Winnipeg. Grâce à ma capacité de parler le kurde et l’arabe, j’ai pu converser avec les femmes yézidis. Je comprenais parfaitement le traumatisme qu’elles avaient vécu, la persécution historique qu’elles avaient endurée et les éléments sociaux sensibles de leur culture. Ces attributs étaient essentiels dans mon rôle d’interprète auprès d’elles et de personne qui comprenait leur culture et leurs coutumes.
Parler leur langue m’a aidée à construire une relation avec elles. Il était important que je sois patiente avec elles afin de les aider à se sentir en sécurité, les laisser déterminer le rythme auquel nous partagions, les laisser déterminer quand et de quoi nous devions parler.
Lorsque leurs cours de langue ont débuté, nous avons commencé à avoir des conversations très lentement, mais finalement la nature des discussions est devenue plus profonde, plus personnelle et plus émotionnelle. Quand elles ont été prêtes, elles se sont ouvertes et ont parlé du traumatisme qu’elles avaient vécu.
Elles avaient reçu des conseils et des thérapies psychologiques d’autres agences avant leur arrivée à MOSAIC, mais nous leur avons fourni un soutien supplémentaire pour répondre à leurs besoins personnels et émotionnels quotidiens lors de leur installation dans un tout nouveau pays, car, recommencer dans un nouveau pays est en soi un autre événement traumatisant pour elles.
Après avoir été violées, avoir perdu des êtres chers, avoir été séparées de leur famille et forcées de fuir leur pays, nous ne pouvons qu’admirer leur résilience alors qu’elles tentent de s’adapter à leur nouveau foyer au Canada, d’apprendre une nouvelle langue et de se familiariser avec un tout nouveau système de vie quotidienne. Les programmes de MOSAIC sont adaptés à la culture des nouveaux arrivants et le fait que notre personnel soit culturellement diversifié et reflète la culture des nouveaux arrivants que nous servons est déterminant dans notre capacité d’aider et de soutenir les nouveaux Canadiens à s’installer dans notre pays.
Lorraine Thomas a plus de 20 ans d’expérience de travail avec les familles d’enfants handicapés, dont beaucoup sont de nouveaux arrivants. Bien que ses clients et ses familles aient des origines socio-ethnoculturelles diverses, provenant de pays comme le Brésil, la Chine, le Sri Lanka, la Syrie et les Philippines, ils sont tous confrontés au même défi : ils n’arrivent pas à se connecter efficacement aux systèmes complexes de services sociaux et de santé canadiens.
Il est très difficile pour les nouveaux arrivants d’arriver à accéder aux services de santé et aux services sociaux pour leurs familles. Ce sont des personnes qui ont souvent dû surmonter de nombreux obstacles difficiles, voire mortels, pour venir au Canada, et une fois arrivées, elles se heurtent à de nombreux autres obstacles pour obtenir des soins.
Mes propres expériences à plusieurs niveaux : en tant que nouvelle arrivante ayant immigré des Caraïbes au Canada, étant une femme de minorité visible et vivant avec un handicap. J’ai pu avoir un aperçu et une compréhension authentiques des défis que rencontrent de nombreux nouveaux arrivants. Le programme en ligne N4-USP de navigation des nouveaux arrivants m’a permis de valider davantage mes expériences personnelles et professionnelles et la façon dont elles me servent dans mon travail avec les réfugiés, les immigrants, les demandeurs d’asile et les nouveaux arrivants marginalisés. En particulier, j’ai constaté que le cours sur la justice sociale m’a donné un vocabulaire académique avec lequel je peux exprimer mes connaissances intuitives et expérientielles. Le programme m’a donné un sentiment de pouvoir, notamment en ce qui concerne mes capacités de défendre mes clients et mes familles et de m’engager avec plus de confiance dans le transfert et le partage de connaissances interdisciplinaires avec mes collègues des différents secteurs.
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